ACTUALITE DES THERAPIES DU LANGAGE ET DE LA COMMUNICATION
La création des thérapies du langage et de la communication, dans les années 80, répondait à un besoin évident : apporter un rééquilibrage entre les aspirations au langage normatif et l’enracinement complexe de la réalité psychique. Les Sujets que nous avions à aider se trouvaient démunis sur le plan du langage oral, écrit, de la communication, et les armes dont nous disposions se révélaient ne pas être toujours à la hauteur des attentes. Tout l’espoir que nous avions mis dans telle ou telle méthode se trouvait parfois battu en brèche par une résistance du trouble qui nous a amenés à nous poser la question du symptôme : le trouble dont le Sujet voulait l’éradication, ne trouvait-il pas ses racines, ou du moins une résonance, dans les travées inconscientes de son psychisme ? N’avait-il pas sa nécessité temporaire pour exprimer les conflits internes du Sujet ?
Des recherches cliniques nous montraient souvent une inadéquation entre les potentialités du Sujet et la mise en œuvre de ses compétences, comme si un frein intérieur venait entraver leur efficacité. Prendre en compte la notion de symptôme, ne plus considérer le trouble du langage comme un simple dysfonctionnement ou une lacune à combler, mais comme la manifestation possible de ses conflits intra-psychiques, devenait une entreprise d’une tout autre envergure.
Fallait -il pour autant envisager un appel systématique à la psychothérapie, intervention lourde et souvent refusée ? Il était évident qu'une faille existait, qu'il fallait y remédier par une dimension d’écoute et de reconnaissance du Sujet.
Les TLC ont ouvert un champ qui s’est avéré d’une richesse nouvelle, mais qui nécessitait aussi une formation solide et une réflexion approfondie. C’est ce à quoi nous avons œuvré pendant des années, soulevant beaucoup d’enthousiasme, naturellement aussi des oppositions, venant du courant psychanalytique comme de la tradition rééducative !
Mais nos idées ont fait leur chemin : le terme de « thérapeutes du langage », non officialisé, a été revendiqué par de nombreux rééducateurs ; la notion de trouble de la communication associée à celle de troubles du langage s’est peu à peu imposée. L’idée même que les troubles du langage ont un support psycho-affectif est devenue largement introduite dans la perception de ces relations thérapeutiques où la notion de Jeu a trouvé toute sa place, et celle d’Ecoute, un accent de vérité ! C’est peut-être faire la part trop facile à une relation qui est, en fait, devenue beaucoup plus délicate, exigeante, dans la mesure même où les notions d’empathie, de transfert et de contre-transfert se trouvent convoquées. Une Formation solide, argumentée, nécessitant une remise en question personnelle, a toujours été pour nous la condition préalable à un travail authentique et efficace. Nous l’avons exprimée dans nos nombreuses publications.
Parallèlement, une évolution des idées, des théories et des pratiques se faisait jour. Un certain déclin de la psychanalyse, sa banalisation peut-être, ont conduit trop de praticiens à faire l’économie du travail en profondeur que nécessite l’abord du symptôme. Les recherches en neuro-sciences, par ailleurs, ont permis des mises au point intéressantes et une meilleure compréhension du fonctionnement cérébral, qui hélas a trop souvent débouché sur une vision instrumentale réductrice.
Les organismes officiels, quant à eux, ont voulu introduire une certaine rigueur en insistant sur les évaluations chiffrées et en exigeant des approches très mécanicistes. Ainsi l’élan créé dès le départ des TLC s’est trouvé freiné en plein vol par une forme d’hésitation, de sidération parfois. Pourtant le besoin reste prégnant d’un abord des troubles sous l’angle thérapeutique, tenant compte, non seulement du trouble lui-même, mais de la personne entière du sujet impliqué dans cette démarche. Un « horizon d’attente » reste présent chez bien des praticiens, sous une forme plus individualisée sans doute.
Le langage ne peut naître, ou renaître, ne peut s’affirmer, sans un profond désir de communiquer.
Les scientifiques les plus en pointe sont les premiers à reconnaître que les exercices de stimulation et d’entraînement, même si leur pertinence est avérée, ne sont pas en eux-mêmes une solution, si le désir de communiquer n’est pas devenu une pulsion nouvelle, que seule une relation appropriée, holistique, peut permettre.
Notre but est bien celui-là : susciter d’abord le désir du langage, par une rencontre chaque fois individualisée, qui passe par le partage, l’écoute et la mise en œuvre de tout ce qui peut mobiliser l’Imaginaire du sujet dans un travail d’expression des affects. Les techniques éducatives, rééducatives, que chacun des thérapeutes TLC possède dans son bagage personnel, seront un médiateur utile et même nécessaire dans cette relation. Mais la dimension relationnelle reste le pivot de cette rencontre thérapeutique et nécessite tout un travail de formation et d’élaboration (jeux de rôles psychodramatiques, ateliers d’écriture, études de cas, rapports cliniques et théoriques) tel que nous l’avons proposé pendant des années, parallèlement aux Colloques, Conférences, Journées d’Etudes et Groupes de travail régulièrement mis en place.
L’évolution des modes de vie, des techniques, l’entrée dans l’ère du numérique, constituent un environnement en constant renouvellement, où la place du Sujet reste sans cesse à redéfinir, à étayer, dans un monde communicationnel où les modalités du langage sont plus que jamais à préserver et valoriser. La pathologie elle-même se module et se redéfinit, son champ s’élargit à des domaines nouveaux. Les thérapies du langage et de la communication, avec leurs facultés adaptatives, leur écoute, leur éthique, y ont toute leur place, comme lieu de rencontre entre deux grands courants, le courant scientiste et le courant humaniste, qui, loin de s’opposer, coexistent et se complètent harmonieusement dans le quotidien d’une pratique.
Geneviève Dubois